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Charles Serrus

Un philosophe seul ; ou par-delà la science et la logique symbolique — comment « dépasser » la « métaphysique »?
Essai sur la signification de la logique de Charles Serrus (Librairie Félix Alcan, 1939)

Charles Serrus (1886-1946) peut être reconnu comme l’un des rares logiciens français de la première moitié du XXème siècle. Plus brillant que Marcel Boll, moins critique que Louis Rougier, il a tenté, comme le prouve cet Essai sur la signification de la logique, de tracer un chemin personnel entre les défenseurs de l’ancienne logique, soit celle représentée par le syllogisme d’Aristote, et les thuriféraires de la nouvelle logique, c’est-à-dire tous ceux qui ont tenté de « mathématiser », en fin de compte, la « logique pure ». Par conséquent, le choix de Serrus apparaît en soi risqué ; du fait qu’il semble renvoyer dos à dos les partisans de chacune des logiques. Sa philosophie paraît même ne pas avoir eu de postérité, si l’on songe aux travaux de Robert Blanché ; lequel préfère plutôt se référer à Rougier. Or, Blanché aurait tout aussi bien pu faire appel à Charles Serrus, car les deux logiciens partagent une volonté similaire de ne pas entrer dans les modes qui prouvent, aussi bien que l’académisme, une paresse de la pensée.

Il serait toutefois faux de croire que Serrus s’est contenté de mettre en place un compromis entre ancienne et nouvelle logiques. Bien au contraire, le philosophe, s’il s’est laissé, d’autre part, influencer par Léon Brunschvicg (1869-1944) en dressant un portrait bref des études sur la logique qui ont peu à peu « évolué », d’Aristote, en passant par Descartes, et jusqu’à cette logique des relations défendue également par Boll (Voir l’ouvrage de celui-ci intitulé Les tendances actuelles de la philosophie française, 1921), a cherché à découvrir l’origine de la pensée discursive et de la logique tirée, selon lui, du lien entre sujet et prédicat telle qu’il a été peu ou prou signifié par Aristote. Ou plutôt il voit un intérêt dans la logique d’Aristote ; puisque cette dernière est essentiellement caractérisée par la notion d’implication qui a débouché plus tard sur les relations du type « plus grand que », « différent de », etc.

En résumé, Serrus reconnaît les nouveaux outils conceptuels définis par Frege et Russell, tout en retenant le rapport entre sujet et prédicat voulu par Aristote. Mais il est très loin d’accepter l’essence de type aristotélicienne, et, d’un autre côté, si les prédicats sont ainsi rangés dans la catégorie de simples concepts, il refuse la croyance en cette possibilité de définir parfaitement le réel dans un avenir plus ou moins proche — tels que le souhaitaient, par exemple, les penseurs du cercle de Vienne (Moritz Schlick, Philipp Frank,…). Mieux encore : sans revenir à un nominalisme que j’ai, pour ma part, défendu à de multiples reprises (sa remise en cause de la théorie contenue dans La construction logique du monde de Rudolf Carnap s’explique — justement — par la conscience du caractère « métaphysique » de la démarche), et tout en choisissant la position « ascientifique » propre à un Wittgenstein, Serrus est parvenu à une vision « antimétaphysique » qui est stimulante  ; et qui le rapproche, malgré tout, des épistémologues en raison de l’accent mis sur le rôle du sujet (ou objet) inscrit, parfois même, dans le prédicat.

Enfin, la complexité de la pensée d’un Serrus crée une proximité avec le conventionnalisme strict de Rougier par le rejet de toute ontologie ou induction en tant que méthode de la connaissance. Même si le philosophe en vient à perdre de vue, quelquefois, l’expérience comme moyen nécessaire ou indispensable pour le scientifique.

 

Thomas Dreneau

 

A lire également sur Arès :

La chronique sur La structure des théories déductives de Louis Rougier

La chronique sur Les tendances actuelles de la philosophie française de Marcel Boll

La chronique sur La science actuelle et le rationalisme de Robert Blanché

 

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