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Frédéric Huet

Ma Vie Ratée d’Amélie Nothomb de Frédéric Huet (éditions Anabet, 2009)

Frédéric Huet fait partie de cette tripotée d’auteurs découverts par Guillaume Dustan, à la fin des années 90, quand il officiait en tant que directeur de collection chez Balland. Sa politique éditoriale, foutraque mais féconde, a permis de publier une cinquantaine d’ouvrages en trois années. Au-delà de l’aspect homosexuel, cette collection (Le Rayon) a surtout travaillé à promouvoir l’autofiction sous toutes ses formes – et de préférence, azimutée, aux partis pris formels forts. Si peu de ses auteurs ont ensuite trouvé les débouchés qu’ils auraient mérités, victimes sans doute de l’image négative véhiculée par Dustan dans les médias… leurs livres demeurent néanmoins appréciables, et pour certains : à redécouvrir d’urgence.
 
Frédéric Huet avait donc signé, en 1999, un premier ouvrage intitulé Papa a tort. Sorte de Petit Nicolas gay, la narration des premiers émois trans-genres s’y faisait dans une langue enfantine – exercice plutôt casse-gueule, s’il en est. Le livre ne s’était vendu, selon ses dires, qu’à 1500 exemplaires (un score honorable, comparé à d’autres de la collection !), malgré l’envie de son auteur d’aller le promouvoir tant bien que mal, partout où il le pouvait.
 
Dix ans et une traversée du désert après, voilà Huet à nouveau publié, pour cette Vie ratée d’Amélie Nothomb au titre amusant décliné en concept malin : s’habiller et se faire photographier en Amélie, puis faire circuler les photos et créer le « buzzz » – pour reprendre un mot abominable illustrant ce type de communication.

Si l’idée suggérée par le titre paraît excitante – on n’est jamais trop heureux de se moquer d’un auteur de best-sellers – le livre qui la concrétise s’avère malheureusement assez fadasse. L’auteur y expose sa frustration d’auteur maudit, refusé partout et galérant à la recherche d’un éditeur. Il croise cette prétendue haine de soi (où l’on sent quand même poindre un petit narcissisme) avec des propos teigneux sur certains auteurs à succès, Nothomb, Gavalda, Amanda Sthers, etc.

Mais la satire du système des best-sellers n’a de sens, que si l’on propose une alternative forte à leur écriture aseptisée : ici, la littérature n’est pas à la fête, l’écriture d’une grande fadeur et l’autofiction sans le moindre parti pris original. Il ne suffit évidemment pas de dérouler quelques pages de journal intime, pour faire œuvre personnelle. Quelques scènes de sexe pointent le bout du nez, mais font pâle figure face à celles qu’on avait coutume de lire chez Guillaume Dustan, Erik Rémès, ou des auteurs moins connus, tels Pier-Angelo Polver (Ogres), Marc Kerzual (Bouquet de lilas) ou Pascal Marty (Entre Benoît et toi), contemporains d’Huet au Rayon.

Les pages consacrées au déballonnage d’auteurs à la mode sont certes jubilatoires, mais relèvent plus de la tribune journalistique, que d’une création proprement dite. Idem pour l’analyse critique (vite expédiée) des lignes éditoriales de quelques maisons « de prestige », type POL, Minuit, etc.
S’il amuse en pointant du doigt artifices, collusions, compromissions, et tous les aspects peu ragoûtants de cette machine à fric, Frédéric Huet s’enlise dans ses récriminations, finissant par plomber le livre après un début caustique plein d’allant.
Surnagent quelques jolies scènes – notamment une séance de dédicaces d’Anna Gavalda, où notre auteur-polémiste tente de la brusquer, sans parvenir à la sortir de sa torpeur. Huet n’insiste pas, et tout le livre est à l’image de cet acte manqué : Huet gémit, crispe ses petits poings, mais ne fait rien de concret, n’oppose aucun pamphlet hargneux à cette sclérose – surfe d’un auteur à l’autre comme on feuillette un magazine, balance un petit commentaire fielleux et puis s’en va… Crachant sur ces gens, sans faire d’effort pour valoir mieux qu’eux.

Parmi les rares éléments intéressants – sur un plan strictement documentaire, pour ceux qui s’intéressent à la collection Le Rayon –, on apprend que Frédéric Huet a écrit à une époque un Guillaume Dustan, refusé partout. Sachant que l’écrivain Laurent Herrou, dans ses récents Cocktail et Dédramatisons la vie quotidienne (tous deux disponibles sur ce site), a lui aussi pris du recul et revisité littérairement sa relation à l’auteur de Génie Divin, on serait curieux de lire le point de vue d’Huet à ce sujet.

Mais cela ne suffit certes pas à faire un livre intéressant : si l’on est heureux que Frédéric Huet ait retrouvé un éditeur après des années de vaches maigres, il est dommage (pour lui) d’être revenu au premier plan avec un livre aussi bâclé. Sombrer dans la facilité d’écriture serait-il le seul moyen d’être lu, à notre époque ? C’est ce qu’il semble suggérer, et ce n’est pas forcément rassurant…


Nicolas Brulebois


PS : un autre auteur du Rayon, Michel Zumkir, avait aussi sorti un livre sur Amélie Nothomb, il y a quelques années… mais sur un mode admiratif, et beaucoup plus complet : Amélie Nothomb de A à Z. Frédéric Huet l’évoque très brièvement, sans se donner la peine d’en mentionner l’auteur…

A lire également sur Arès :

Dédramatisons la vie quotidienne de Laurent Herrou

La chronique sur Le Rayon : Guillaume Dustan éditeur

La chronique sur Je bande donc je suis de Erik Rémès

Pour approfondir :

Cocktail de Laurent Herrou

 

 

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