|
|
Frédéric HuetMa Vie Ratée d’Amélie Nothomb de Frédéric Huet (éditions Anabet, 2009) Frédéric Huet fait partie de cette tripotée d’auteurs découverts par Guillaume Dustan, à la fin des années 90, quand il officiait en tant que directeur de collection chez Balland. Sa politique éditoriale, foutraque mais féconde, a permis de publier une cinquantaine d’ouvrages en trois années. Au-delà de l’aspect homosexuel, cette collection (Le Rayon) a surtout travaillé à promouvoir l’autofiction sous toutes ses formes – et de préférence, azimutée, aux partis pris formels forts. Si peu de ses auteurs ont ensuite trouvé les débouchés qu’ils auraient mérités, victimes sans doute de l’image négative véhiculée par Dustan dans les médias… leurs livres demeurent néanmoins appréciables, et pour certains : à redécouvrir d’urgence. Si l’idée suggérée par le titre paraît excitante – on n’est jamais trop heureux de se moquer d’un auteur de best-sellers – le livre qui la concrétise s’avère malheureusement assez fadasse. L’auteur y expose sa frustration d’auteur maudit, refusé partout et galérant à la recherche d’un éditeur. Il croise cette prétendue haine de soi (où l’on sent quand même poindre un petit narcissisme) avec des propos teigneux sur certains auteurs à succès, Nothomb, Gavalda, Amanda Sthers, etc. Mais la satire du système des best-sellers n’a de sens, que si l’on propose une alternative forte à leur écriture aseptisée : ici, la littérature n’est pas à la fête, l’écriture d’une grande fadeur et l’autofiction sans le moindre parti pris original. Il ne suffit évidemment pas de dérouler quelques pages de journal intime, pour faire œuvre personnelle. Quelques scènes de sexe pointent le bout du nez, mais font pâle figure face à celles qu’on avait coutume de lire chez Guillaume Dustan, Erik Rémès, ou des auteurs moins connus, tels Pier-Angelo Polver (Ogres), Marc Kerzual (Bouquet de lilas) ou Pascal Marty (Entre Benoît et toi), contemporains d’Huet au Rayon. Les pages consacrées au déballonnage d’auteurs à la mode sont certes jubilatoires, mais relèvent plus de la tribune journalistique, que d’une création proprement dite. Idem pour l’analyse critique (vite expédiée) des lignes éditoriales de quelques maisons « de prestige », type POL, Minuit, etc. Parmi les rares éléments intéressants – sur un plan strictement documentaire, pour ceux qui s’intéressent à la collection Le Rayon –, on apprend que Frédéric Huet a écrit à une époque un Guillaume Dustan, refusé partout. Sachant que l’écrivain Laurent Herrou, dans ses récents Cocktail et Dédramatisons la vie quotidienne (tous deux disponibles sur ce site), a lui aussi pris du recul et revisité littérairement sa relation à l’auteur de Génie Divin, on serait curieux de lire le point de vue d’Huet à ce sujet. Mais cela ne suffit certes pas à faire un livre intéressant : si l’on est heureux que Frédéric Huet ait retrouvé un éditeur après des années de vaches maigres, il est dommage (pour lui) d’être revenu au premier plan avec un livre aussi bâclé. Sombrer dans la facilité d’écriture serait-il le seul moyen d’être lu, à notre époque ? C’est ce qu’il semble suggérer, et ce n’est pas forcément rassurant…
A lire également sur Arès : Dédramatisons la vie quotidienne de Laurent Herrou La chronique sur Le Rayon : Guillaume Dustan éditeur La chronique sur Je bande donc je suis de Erik Rémès Pour approfondir :
|

