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Patrick Rambaud 1

L’apothéose des bouffons
Deuxième chronique du règne de Nicolas Ier de Patrick Rambaud (Grasset, 2009)

Au départ, soit à la suite de la parution de Chronique du règne de Nicolas Ier (2008), nous avions émis un avis négatif sur ce qui était, bien évidemment, un pamphlet dirigé contre la personne de Nicolas Sarkozy. Non pas que nous reprochions à l’auteur sa plume, ou plus précisément son style, mais il semblait, à première vue, que Patrick Rambaud manquait de cette alacrité, de cette volonté d’assassinat symbolique qui est le propre de tout ouvrage polémique réussi. En résumé, il est bon que je présente désormais mes excuses à son auteur ; tant ce dernier démontre, par cette Deuxième chronique du règne de Nicolas Ier, non seulement une certaine continuité avec son précédent pamphlet, mais aussi un art consommé à épingler chaque détail des événements politiques qui environnent notre cher président.

Patrick Rambaud a compris que rien ne vaut la répétition pour s’assurer la conquête de l’esprit du lecteur. Mais je constate également que l’auteur se permet, après quelques pas prudents pour dessiner un être aussi médiocre qu’omnipotent dans la pratique du pouvoir, d’approfondir son personnage. Il campe à grands traits Nicolas Sarkozy, et, s’il ne néglige point la caricature, Patrick Rambaud le rend d’autant plus véridique de par cette structure commune qui caractérise fiction et réalité (si l’on veut bien me permettre d’emprunter ce concept à Ludwig Wittgenstein). Car l’on sent parfaitement que l’archétype composé par l’écrivain colle peu à peu à la peau de Nicolas Sarkozy — jusqu’à le rendre universel — , à la manière de Molière figurant le dévot hypocrite dans Tartuffe, ou l’incommensurable radin dans L’avare.

Ne négligeons pas, cependant, les autres personnes, c'est-à-dire l’entourage qui gravite autour du « monarque ». Leur insigne bêtise, à l’instar de celle du petit chef, transparaît au fil des événements que conte sans en oublier aucun notre plaisant polémiste. C’est là que se révèle tout le talent de Rambaud : alors que le politique sans scrupule joue impitoyablement sur l’oubli qui touche autant les gouvernés que ses adversaires immédiats, l’auteur se permet de suivre à la trace chaque acte malencontreux de notre indigne président, et de nous les remémorer pour, au final, dresser un portrait à charge de celui qui sera bientôt considéré, pour la postérité, comme la honte d’un pays qui a élevé à la puissance cet homme lequel n’a cessé de faire montre de son absence totale de respect pour les droits les plus élémentaires de chaque « citoyen ».

Bref, Patrick Rambaud, s’il est difficile de croire que le succès de sa précédente chronique n’est pas pour rien dans cette nouvelle tentative de suivre au jour le jour Nicolas Sarkozy dans ses faits et gestes, Patrick Rambaud semble, en fin de compte, dresser le portrait d’un homme au point de le rendre — à son détriment — immortel.

 

Thomas Dreneau

 

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