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Laurent SchangManuel de stratégie pour débutants D’aucuns pensent qu’il suffit de savoir écrire comme on l’apprend à l’école ou à l’université pour pouvoir vêtir les habits de l’écrivain. Or, ceux-ci remarquent très vite que le pantalon est, par exemple, trop court. Non pas que l’idée de Laurent Schang, c’est-à-dire créer un roman d’anticipation retraçant le déclenchement de la quatrième guerre mondiale, demeure en soi un défi impossible à relever, mais il semble que l’auteur ait bien présumé de ses forces. Un tel ouvrage aurait sans doute nécessité un bon millier de pages ; à moins de s’inscrire dans une action qui aurait rejeté ce cataclysme à l’arrière plan. C’était sans compter la présomption de l’auteur qui a autant de style qu’un folliculaire. Certes, je remarque une volonté de construction — que chacun jugera grossière. Puisque, après avoir fait le tour de la planète des champs de bataille probables, Laurent Schang se permet cette interview d’un empereur de l’Europe qui aurait fatalement pris le pouvoir sans que l’on sût comment ni pourquoi ; du fait que si l’on en croit encore l’auteur, il s’agit juste d’un fantoche mis sur le trône par Vladimir Poutine, l’autocrate russe. Enfin, Schang finit son « roman » par une série d’annexes qui alourdissent un récit déjà mal en point. Il tente de donner quelques informations censées enrichir l’histoire et fait donc appel à des événements qui n’apportent, en fin de compte, rien à l’ensemble de la structure de Kriegspiel 2014. Évidemment, il est question de Clausewitz et de tous les penseurs de la géopolitique ou stratégie (Sun Tzu, Mackinder,…), mais au lieu d’éparpiller les noms au hasard de l’ouvrage, il eût été préférable d’expliquer à partir des réflexions de ces classiques, un conflit que Raymond Aron qualifierait, à l’instar des guerres précédentes, d’ « hyperbolique ». Laurent Schang avait la possibilité de sauver son roman. Cependant, il a préféré nous refaire le coup de la « guerre pour de rire ». Mi-ironique mi-cynique, l’auteur de Kriegspiel 2014 s’amuse à redessiner la carte du monde ; comme si la souffrance inhérente à tout guerre, comme si les idées en jeu dans ce genre de conflit ne comptaient pas — sans parler de l’arme atomique qui risquait certainement de chagriner les âmes sensibles…
Thomas Dreneau
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