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Marie De Beaumont« Sentier de Dépendance », écrit et mis en scène par Marie De Beaumont. Sous ses airs de poupée futile, la groupie-starlette est un être sensible, qui vit, souffre et pense aussi un peu, parfois… Plus complexe que ne laisserait croire sa moue boudeuse dans les mags people, ses gloussements aux cocktails branchés. On s’est tous moqués, en voyant ce type de greluches aux bras d’hommes puissants. Un rire un peu jaloux, sans doute, ironisant sur la différence d’âge – pour mieux se consoler de n’avoir su, soi-même, attirer des créatures aussi belles ? C’est ce douloureux statut de « fille dans l’ombre de l’Artiste » qui est ausculté ici, en un monologue vivifiant, caustique et sexy. L’angle d’attaque est une satire au vitriol des milieux culturels : la jeune femme dévoile ses amours avec deux amants « palmés ». Un écrivain d’âge mûr avec qui elle vécut une relation débile mais sexuellement débridée… et un acteur à succès, qu’elle a accompagné dans ses années de vache maigre – et dont la réussite (à son grand dam) ne l’éclabousse pas encore. Le texte est plutôt osé, qui questionne le rapport entre lolita délurée et vedette à la recherche d’excitants : est-ce lui qui va la vicier ? Ou elle qui va se libérer (de la pesanteur familiale, notamment) en vivant très jeune des amours interlopes ? Le texte préserve l’ambiguïté : la narratrice ridiculise son Pygmalion, mais elle-même n’est pas encore tout à fait nette. Sa lucidité sur les autres est perpétuellement contrebalancée par des regains de sottise arriviste – et cette confrontation rend le texte très drôle, pas du tout univoque. Pour donner chair à cette starlette n’ayant pas eu assez de charisme pour devenir muse – mais qui entend tout de même nous taper dans l’œil – on retrouve avec plaisir la comédienne Marie Delmarès. Déjà repérée en Antigone intransigeante et fière chez René Loyon… elle est ici aux antipodes : en collants et tutu (!), femme-enfant qui rêverait de devenir fatale et nous fait du rentre-dedans. Son registre, très étendu, passe de la franche rigolade à la mélancolie (joliment soutenue par des accords de guitare atmosphérique), et du théâtre au cabaret : elle se met soudain à chanter, danser, papillonner en tous sens – jusqu’à faire du gringue au public, et caresser la joue d’un spectateur timide ! C’est toute la gageure du spectacle : que le spectateur soit touché par un personnage qui ne se situe jamais loin du cynisme. Marie De Beaumont ménage des moments de pause dans la causticité du propos, et y scrute les atermoiements de cette fille, narcissique mais lucide sur elle-même – sans doute blessée, au fond, de se voir si futile. L’exercice du solo est casse-gueule… mais parfaitement maîtrisé : on en ressort amusé et bousculé. A la fois horripilé et séduit par la créature (vaine, agaçante… touchante, bouleversante !) qui déploie pour nous de si belles fêlures.
Nicolas Brulebois
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