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Jean-Philippe Domecq 2

Recherche pour un art inactuel
Artistes sans art? de Jean-Philippe Domecq (Pocket, 2009)

En comparant Artistes sans art? et Misère de l’art, soit deux livres dont l’auteur est Jean-Philippe Domecq, je puis constater les nombreuses redites comme si ce dernier cherchait à convaincre ses lecteurs à tout prix face aux institutions, aux marchands, aux critiques innombrables qui tentent de nous imposer l’art contemporain tel qu’il demeure encore aujourd’hui.

Pour cette raison, outre les artistes dénoncés dans Artistes sans art? comme Andy Warhol et Daniel Buren, il est question de ce rôle du capitalisme marchand en ce qui concerne la promotion de l’art actuel. Domecq décrit la situation économique de l’art contemporain de telle sorte que c’est — finalement — l’évaluation à court terme de l’œuvre qui l’a emporté sur toute autre considération. En effet, il s’agissait désormais de profiter de l’art comme d’une « valeur refuge » pour s’enrichir grâce à l’élévation du prix de certaines œuvres d’artistes bien cotés. Mais, comme le remarque notre auteur, il suffit que l’élévation des œuvres atteigne des sommets pour que, fatalement, chacun se rende compte de la différence entre la valeur surestimée de celles-ci et la réalité. Bref, il faut attendre une crise, favorisée par d’autres facteurs d’ordre économique, laquelle, par-delà l’appréciation des critiques en leur faveur, entraînera une estimation moindre de ces œuvres qui, pour certaines, n’auront connu un tel succès que le temps d’une mode.

Domecq se permet d’analyser le rôle de Leo Castelli, ce marchand d’art qui est lui aussi responsable du succès de l’art contemporain ; du fait qu’il a en particulier promu sur le marché le travail « artistique » d’Andy Warhol. Après avoir soutenu, au départ, les expressionnistes abstraits, Castelli, en raison de ses « amitiés », a surtout permis l’essor de la nouveauté pour la nouveauté en art. Il a ainsi soutenu certains artistes qui se sont, en dehors de la valeur intrinsèque de leurs œuvres, affirmé en totale rupture avec leurs prédécesseurs pour déboucher ensuite… sur une nouvelle rupture ; ce qui a avantagé grandement la fortune de Castelli.

En résumé, sans vouloir revenir sur la responsabilité des critiques au sujet de la surestimation de l’art conceptuel ou du pop’art, il me semble intéressant de nous appesantir concernant cette idée de réévaluation sur laquelle insiste, d’ailleurs, Domecq en présentant des artistes emblématiques du XXème siècle comme Matta, Giacometti ou l’américain Edward Hopper. Ce qui distingue de tels artistes de ceux qui ont fait la réussite de l’art américain, c’est la volonté de « dépasser » la simple idée de réflexion sur l’art au profit de l’humain, mais aussi d’aller plus loin que la simple expérimentation qui a caractérisé l’art de la seconde moitié du XXème siècle. L’auteur reconnaît que l’art contemporain a marqué le triomphe de l’expérimentation. Cependant, celle-ci s’est — le plus souvent — arrêtée à cette étape précédant l’œuvre en elle-même.

Jean-Philippe Domecq en vient, par conséquent, à remettre en cause le génie de Pablo Picasso. Car bien que le peintre ait beaucoup expérimenté dans son œuvre, qu’il ait inspiré la plupart des artistes de l’époque, il n’en reste pas moins inférieure à beaucoup d’entre eux :  si l’on compare, par exemple, le tableau tiré des Ménines de Diego Vélasquez à l’original, difficile de ne pas voir que Picasso demeure prisonnier de l’analyse sans pouvoir égaler l’œuvre qui lui sert d’inspiration. À ce propos, Domecq, mettant encore face-à-face deux tableaux, démontre la faiblesse esthétique d’un Mondrian par ce coup d’œil à une huile provenant de la série New York City et datée des années 1940.

 

Thomas Dreneau

 

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