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Emile Pouget 2L’anarchisme, cul-de-sac idéologique? Les Éditions Galilée avait eu le mérite, en 1976, de rééditer les articles parus dans Le père peinard du militant anarchiste Émile Pouget (1860-1931). Ce dernier adoptait, dans ses chroniques, un style volontairement argotique ou populacier ; ce qui en fait tout le charme pour ceux qui découvrent pour la première fois, et à l’instar de moi-même, l’œuvre de ce journaliste. Sa volonté d’en découdre avec le capitalisme et le besoin de crier, partant, sa révolte expliquent le charme d’écrits qui montrent une liberté parfois savoureuse dans le traitement de la langue. Mais cela démontre aussi les limites du journaliste qui fait preuve surtout d’une intense activité de propagande auprès des « purotins » ou des ouvriers ; sans chercher à séduire ceux-ci par la beauté des mots. Pouget n’est pas un artiste ; il est encore moins un intellectuel. Ses textes plus « théoriques » tels que L’action directe (1904) ou Le sabotage (1910) ne peuvent faire oublier justement son anti-intellectualisme foncier ; tant Pouget redoute la considération élitiste dont semble bénéficier l’être instruit. Si l’homme doit absolument refuser toute forme de domination, s’il est nécessaire pour lui de s’affirmer en tant qu’individu, celui-ci n’a pas la possibilité de s’élever par-delà un paradis terrestre où chacun mange à sa faim, et où surtout chacun bénéficie de l’art comme quelque chose de l’ordre du quantitatif. En résumé, l’antiparlementarisme, l’anticléricalisme et l’antimilitarisme ne sont que le rejet complet de toute forme d’organisation jugée potentiellement inefficace. Pouget n’a pas tort de se méfier de ceux qui constituent l’appareil politique, soit les parlementaires réunis dans « l’aquarium ». Il est certain que l’action des ouvriers par le moyen des grèves a eu sans conteste un impact sur l’évolution des lois sociales en faveur de la population la plus pauvre, la plus fragile, la plus exploitée. Le combat de Émile Pouget n’a rien de vain au regard de la situation des ouvriers à la fin du XIXème et au début du XXème siècle : ces derniers, accompagnées de leurs femmes et de leurs enfants, se devaient de travailler dix, voire onze, voire douze heures par jour avec comme seul destin de mourir fatalement à la tâche. Cependant, Pouget, qui s’en prend très souvent aux élus socialistes, ne peut que pousser le peuple miséreux au désespoir d’une rébellion laquelle demeure aussi bien utopique que naïve dans sa conception. Le geste d’un Ravachol est peut-être courageux et enthousiasme ainsi le syndicaliste Pouget. Il n’en cristallise pas moins la faiblesse d’un mouvement qui, manquant de structure et se basant sur la spontanéité d’actes individuels, ne pouvait que disparaître. Le fait de se focaliser exclusivement sur le bon sens des « gas » représente un aveuglement en ce qui concerne la possibilité d’une alternative à la fois réfléchie et sérieuse par rapport à la société bourgeoise. Certes, l’on ressent l’intuition parfois bénéfique de l’activité d’un Pouget ; lorsqu’il se montre un vigoureux combattant avant l’heure des atrocités coloniales. Dans les années 1970, et même aujourd’hui, il semble toujours indispensable de lutter contre tout type d’oppression ; d’autant que Pouget ne se fait pas faute de donner des exemples qui sont susceptibles, par conséquent, de frapper les esprits. Mais chez l’anarchiste et chez beaucoup de militants sincères à la cause, l’analyse s’est le plus souvent arrêtée à un simple constat. Ici, la réalité n’est guère le fondement de l’imagination pour repenser la société de demain.
Thomas Dreneau
A lire également sur Arès : La chronique sur L'action directe suivi de Le sabotage d'Emile Pouget La chronique sur L'action directe et autres écrits syndicalistes (1903-1910) d'Emile Pouget
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