Jean-Pierre Siméon
Stabat Mater Furiosa de Jean-Pierre Siméon
Mise en scène de Nicole Escaffre avec Martine Daniel, Paola Lagardal, Claire Souffront et Christina Thiévon. Costumes de Nathalie Guichon.
La compagnie du P'tit noyau intégrée à l'association Rions de Soleil de Chateauroux (05) a présenté une adaptation du texte de Jean-Pierre Siméon au théâtre La Passerelle à Gap le 5 février 2011. Stabat Mater Furiosa édité en 1999 par Solitaires Intempestifs est un des nombreux recueils de poèmes de l’auteur né en 1950 qui a reçu en 1998 le grand prix du Mont Saint-Michel pour l’ensemble de son œuvre. Il a rejoint le TNP de Villeurbanne depuis 2003. Il est également directeur artistique du Printemps des poètes.
Quatre voix de femmes racontent leur jeunesse heureuse vécue aux quatre coins du monde. Le rêve/réalité se transforme en massacre dans les pas des guerriers et la sidération, la colère et le refus des folies meurtrières grimpent crescendo tout au long du spectacle, nous laissant rêver une humanité insoumise à la violence. Quatre voix de femmes se répondent, s'interpellent sur un tempo personnel : métallique, voluptueux, grave ou enveloppant. Les corps se meuvent dans les méandres des souvenirs d'apprendre « le métier de vivre », se cabrent ou grattent de fureur avant de se mettre debout, entraînant les millions d'éclopés, d'affamés vers la lueur d'un autre monde possible.
La simplicité de la mise en scène transforme le beau texte poème de Jean Pierre Siméon en de multiples métaphores. Un drap omniprésent durant le spectacle donne sens, rythme le jeu des comédiennes et laisse le spectateur/trice pantois : tour à tour drap/peau, drap/ouvrage, drap/cache-cache, drap/crachat, drap/camisole, drap/cérémonie, drap/linceul, drap/brûlot, il accompagne, devance les allers-retours des actrices entre les cabrioles de l'innocence et leurs spasmes révoltés contre les crimes de guerre. Si l'écriture de l'auteur de Stabat Mater Furiosa m'a dérangée par une idéologie naturaliste sous-jacente entre les hommes (pères, frères, amants) assoiffés de violences et les femmes (filles, mères, soeurs) éprises d'amour, Nicole Escaffre a tenté d'en donner une autre lecture par une reprise du texte – coupures, répétitions d'un phrasé – et surtout en intriquant le drap, les corps et les voix pour donner naissance à une parole tissée d’expressions singulières. Les quatre interprètes nous impressionnent par leur présence et leur énergie, valorisé(e)s par la sobriété des costumes.
Brigitte Dujardin
Pour informations supplémentaires sur la compagnie P’tit noyau et l’association, consulter le site www.rionsdesoleil.com
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