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Christophe Pirenne

L’âge d’or du rock progressif
Le rock progressif anglais (1967-1977) de Christophe Pirenne (Librairie Honoré Champion, 2005)

Le rock progressif anglais (1967-1977) est une étude fort sérieuse, puisqu’il s’agit tout bonnement d’une œuvre de sociologie et de musicologie rédigée par un universitaire, Christophe Pirenne. Ainsi, le rock progressif confirme implicitement son statut de musique dite « noble ». Ce livre est, en effet, paru dans une collection intitulée « Musique-Musicologie » et qui regroupe des ouvrages traitant de l’opéra, la symphonie, la musique modale, etc. Il fait suite au travail pionnier en langue française de Frédéric Delâge, Chroniques du rock progressif 1967-1979 (2002). D’ailleurs, je constate que, dans la partie « Remerciements », Pirenne cite aussi bien le nom de Frédéric Delâge que celui de Aymeric Leroy, futur auteur d’un livre sur le rock progressif (Rock progressif, 2010).

Il faut souligner l’importance de l’ouvrage de Christophe Pirenne ; dans le sens que ce dernier ne se réduit pas à une simple description des groupes et des albums réalisés par ceux-ci. Au contraire, il tente, à partir de l’exemple emblématique du creuset anglais, d’analyser l’émergence de ce courant musical qui a profondément marqué la période fin des années 1960 et début des années 1970.

Grâce à Pirenne, l’on sait que le rock progressif est surtout le fait de jeunes « intellectuels » inspirés de la musique pop des Beatles, et souhaitant dépasser leurs glorieux aînés par l’emploi d’autres styles tels que le jazz, le classique,… Issus de la classe moyenne bourgeoise, ils vont chercher à créer un « véritable art » en dépassant les canons traditionnels de la chanson bornés à la structure couplet-refrain. Les albums des Beatles (Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band) et des Beach Boys (Pet Sound) serviront, par conséquent, de modèles pour des albums « conceptuels » lesquels se multiplieront par la suite. Sans oublier le rôle significatif de groupes comme Cream ou le Jimi Hendrix Experience qui, à l’avenir, deviendront des modèles pour des musiciens souhaitant aller toujours plus loin dans la virtuosité ou la difficulté.

Bien entendu, je ne compte pas entrer dans les détails de cette étude sur le plan de la musicologie ; du fait que je dois impérativement reconnaître les limites de mes compétences en ce domaine. Il suffit simplement, pour ma part, de dire que le commentaire de certains morceaux de formations majeures telles que Pink Floyd, King Crimson, Genesis, Emerson, Lake & Palmer ou Yes permet de comprendre l’intérêt de celles-ci pour allonger les morceaux, créer de nouvelles formes, ou, au contraire, utiliser la structure commune de la chanson (que l’auteur aurait tendance à rattacher à la variété la plus vulgaire) à des fins correspondant davantage à une progression linéaire de la musique revendiquée — parfois — comme art total.

En résumé, le rock progressif appartient en partie au mouvement de la contre-culture lequel connaîtra son déclin, avec l’apparition de la crise économique, et ensuite avec l’apparition du mouvement punk dans les années 1970. Des groupes qui désirent tout d’abord renouveler la musique pop deviennent peu à peu les parangons d’une mode figée en elle-même par l’emploi d’un matériel pléthorique, et ses excès en ce qui concerne des œuvres qui, malgré leurs ambitions, ne sont pas toutes des réussites et qui cachent mal l’absence de liens sérieux entre tous les éléments (paroles mêlant science-fiction et retour à un passé confinant à l’âge d’or, graphisme des pochettes, mouvements musicaux qui rappellent plus ou moins ceux d’un poème symphonique, etc.).

Pour conclure, outre l’intransigeance de critiques talentueux (Lester Bangs) ou encore le revirement des journalistes dans les années 1973-1974, le déclin du rock progressif provient sans conteste du vieillissement des musiciens lesquels avaient fait, pour la plupart, leurs premières armes dès 1967. J’ajoute que le livre de Christophe Pirenne présente le défaut qui est celui de refuser tout héritage musical au rock progressif ; à tel point que Jérôme Alberola, dans son Anthologie du rock progressif (2010), a pu qualifier son ouvrage de « passéiste ». Il n’empêche que le rock progressif a connu essentiellement son heure de gloire en Europe pendant la période décrite par Pirenne ; et qu’il demeure, d’un autre côté, un moment essentiel pour tous ceux qui cherchent à comprendre la musique en tant qu’art avec un grand A (même si le danger, comme le reconnaît tout à fait Pirenne, est l’absence de recul, et surtout d’humour de la part de jeunes musiciens jugés « trop sérieux » !).

 

Thomas Dreneau

 

A lire également sur Arès :

La chronique sur Anthologie du rock progressif de Jérôme Alberola

La chronique sur Rock progressif de Aymeric Leroy

La chronique sur Le rock cuivré. Des brass bands au courant progressif de Jacques Toni

L'article sur Chroniques du rock progressif 1967-1979 de Frédéric Delâge

 

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