Imprimer Envoyer

Ravages 04

Ravages 04 (Éditions JBZ & Cie, 2011)
Georges Marbeck - Gérard Wajcman - Catherine Vidal - Big Brother Awards - Isabelle Sorente - Frank Frommer - Hartmut Rosa - Jean Genet - Jean-Pierre Faye - Noam Chomsky - Ruwen Ogien - Frédéric Joignot - Collectif Droit et Prostitution - Jeanne Blask - Adriana Langer

Ce nouveau numéro de la revue Ravages a pour thème « Neuropolice », mais, comme on peut le constater à la lecture des différentes contributions, il s’agit moins de montrer les liens entre police et progrès de la science que de dénoncer, finalement, l’esprit de la politique sécuritaire actuelle. À ce propos, je préfère passer sous silence les textes de Gérard Wajcman, Isabelle Sorente ou de Jean-Pierre Faye pour en venir à ceux qui me paraissent essentiels.

Celui de Catherine Vidal, « Vers une neurojustice? », pointe du doigt les dangers d’une interprétation née de l’étude du cerveau humain, notamment grâce à l’imagerie par IRM. Or, comme le remarque l’auteure, le cerveau démontre essentiellement une grande plasticité, une souplesse qui ne permet pas de s’assurer de la culpabilité ou non d’une personne jugée dans un tribunal.

Ruwen Ogien s’attaque, quant à lui, à la loi française contre la récidive laquelle fut promulguée en mars 2010. Il n’a aucun mal à prouver que celle-ci est une aberration sur le plan humain et tend à condamner les délinquants sexuels aussi bien à la castration chimique (inopérante selon lui, et d’autant plus grave que c’est le médecin, dont l’éthique demeure la confidentialité et le soin aux malades, qui est chargé, donc, d’appliquer cette mesure dans les faits) qu’à l’exclusion définitive de la communauté.

Autre loi, par laquelle les effets se font déjà sentir et sont proprement désastreux, demeure celle interdisant le « racolage passif ». Les prostituées, par cette mesure symptomatique d’une morale étriquée, sont ainsi fragilisées, à la merci de souteneurs et même de clients qui profitent de cette situation pour mieux les asservir. En résumé, cette disposition législative, dénoncée par le Collectif Droit et Prostitution, n’a eu pour effet que de déplacer le « problème » vers la périphérie des villes ; et surtout masquer, aux yeux du public, les conséquences dramatiques en ce qui concerne l’« exploitation de l’homme [la femme] par l’homme ».

L’intellectuel américain Noam Chomsky se concentre, à l’instar de l’économiste James Kenneth Galbraith, sur la situation difficile d’une politique américaine de plus en plus liée aux intérêts économiques et financiers les plus rétrogrades. Sans valider tout à fait son analyse qui tend à voir dans le succès de l’extrême droite américaine, une marche progressive vers le fascisme. Il faut bien admettre que l’existence d’un groupe politique influent et gagné à l’extrémisme radical, ou même de thèses « nauséabondes » devenues populaires au sein même des forces politiques modérées, risque d’aboutir, en cas de bouleversement important, à la victoire d’hommes et de femmes porteurs d’une idéologie désastreuse.

Par ailleurs, au sujet de la vague de suicides qui a frappé l’entreprise France Télécom, le journaliste Frank Frommer analyse les dérives liées à l’utilisation abusive du logiciel PowerPoint. On est, en effet, sidéré de voir à quel point les dirigeants ont simplifié les rapports humains à de simples « schémas » responsables de la mort de plusieurs dizaines de personnes non préparées à une mutation à grande vitesse.

Dans son article intitulé « Mince pour toujours », Frédéric Joignot se livre, enfin, à une charge en règle dirigée contre la « dictature du régime » frappant tout particulièrement les femmes. Joignot voit, dans cette dernière, une régression entraînant la perte du désir sur le plan alimentaire, mais aussi une condamnation du corps à perdre son développement naturel ou normal.

À ces différents textes, s’ajoutent l’intéressante interview de Jean Genet par Georges Marbeck lequel a adapté des passages du livre de l’écrivain, Le journal du voleur (par contre, il est plutôt indiqué de mettre sous le boisseau la chronique « Apeurement » du même Marbeck), tout comme les deux œuvres fictionnelles de Jeanne Blask et de Adriana Langer. Nonobstant leurs qualités littéraires respectives, je préfère sans conteste « Licenciement libido » de Blask, récit d’une femme ayant des rapports sexuels avec son subordonné qu’elle vient de pousser à la porte, à « Première nuit » de Langer, soit ce médecin qui constate le cancer naissant chez sa compagne au moment de lui faire l’amour.

 

Thomas Dreneau

 

A lire également sur Arès :

La chronique sur La liberté d'offenser. Le sexe, l'art et la morale de Ruwen Ogien

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir