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Léon Daudet 2

La gloire d’un polémiste?
La pluie de sang. Nouveaux souvenirs (1914-1918) de Léon Daudet (Grasset, 1932)

D'aucuns, à l’instar de moi-même, ont apprécié la lecture des mémoires de Léon Daudet (1867-1942) publiés, soit sous la forme — presque — complète des Souvenirs et polémiques (1992), soit, grâce au travail patient du critique littéraire et romancier Kléber Haedens, sous la forme d’une compilation des « meilleurs moments », afin d’éviter l’inévitable répétition d’un auteur français qui se veut avant tout spontané.

La pluie de sang, ouvrage qui se présente comme la suite de Fantômes et vivants, Devant la douleur, L’entre-deux guerres, Au temps de Judas, ainsi que Salons et journaux, devait, semble-t-il, couronner l’œuvre du mémorialiste, puisque Léon Daudet apparaît dans toute sa gloire de polémiste en raison de sa campagne vigoureuse menée au sein du journal L’action française, et contre le ministre de l’intérieur de l’époque Malvy, et contre le Bonnet rouge d’Almereyda. Pendant la guerre 14-18, le mouvement royaliste de Léon Daudet et de son maître à penser, Charles Maurras, a connu sans conteste l’apogée de son rayonnement à la fois intellectuel et propagandiste.

En effet, Daudet reconnaît lui-même que, malgré la censure et les tentatives d’intimidation du pouvoir avec, notamment, le fameux « complot des panoplies » (la police avait ainsi perquisitionné dans les bureaux de L’action française, croyant découvrir des armes en vue d’un éventuel coup d’état), le journal a doublé son tirage ; et, d’autre part, les attaques répétées de Daudet contre Malvy vaudront, en fin de compte, à ce dernier d’être condamné devant la Haute-Cour du sénat en 1918. Léon Daudet sera amené à témoigner devant cette juridiction suprême, et obtiendra donc, par ses talents d’orateur et sa conviction profonde de la culpabilité de Malvy, la tête de l’ex-ministre de l’intérieur sanctionné pour « forfaiture » et non pour « intelligence avec l’ennemi » (comme l’aurait désiré, au départ, celui que l’on a surnommé « le procureur du roi »). La Haute-Cour avait surtout voulu mettre en avant les négligences de Malvy dans sa fonction de ministre, et moins sa culpabilité peu ou prou avérée à propos de ses liens avec le directeur du Bonnet rouge — lequel avait reçu en particulier de l’argent en provenance de l’Allemagne.

Or La pluie de sang est l’œuvre d’un homme vieilli, usé par la dénonciation sempiternelle de la république comme régime maudit, et surtout brisé par la mort mystérieuse de son fils Philippe en novembre 1923 (lire, par exemple, les commentaires de Bernard Oudin contenus dans Souvenirs et polémiques, livre paru chez Robert Laffont). La plupart des livres écrits par la suite montrent la volonté chez l’auteur de dénoncer le rôle de la sûreté générale, « police politique » qu’il accuse de tous les maux, c’est-à-dire aussi bien de l’assassinat de son fils que de l’entreprise de trahison débutant, évidemment, avec l’affaire Dreyfus (!). En résumé, la lecture de ces « nouveaux souvenirs » de Daudet laisse apparaître davantage le militant que l’écrivain : une grande partie du livre contient moult informations ou détails sur le grand complot qui aurait empêché, pendant près de quatre ans, la victoire logique des troupes françaises contre l’ennemi allemand. Le pamphlétaire en vient même à parler d’un synchronisme entre le déroulement de l’enquête concernant le Bonnet rouge et la situation sur le front.

Heureusement, à partir du moment où Daudet progresse dans ses investigations et ses contacts avec la justice, chacun peut compter sur le style gouailleur cher au polémiste qui semble retrouver la joie de vivre. Daudet est vraiment grand, lorsqu’il portraiture de manière exagérée ou caricaturale ses contemporains. La représentation imagée d’un Malvy ou d’un Painlevé a de quoi réjouir tout admirateur fervent de la plume du pamphlétaire français. Par contre, et comme je l’avais déjà remarqué en lisant Deux idoles sanguinaires (2000), Daudet a trop tendance à céder sa plume au profit de documents ou articles de journaux qui remplissent inutilement des pages et des pages — prouvant par là que l’auteur tombe, parfois, dans une paresse que chacun est en droit de regretter...

 

Thomas Dreneau

 

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La chronique sur Souvenirs littéraires de Léon Daudet

 

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