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Alessandro MercuriÉvanescence Comme disait mon ami Dominique Christ, il y a tout d’abord le souci du titre. Alessandro Mercuri ne pouvait trouver intitulé plus mal choisi pour son premier livre ; sans parler du sous-titre « sans pitié ni sucre ajouté » qui a ce quelque chose de passablement vulgaire. Puis, vient la question plus primordiale du contenu et là, il faut bien le dire : l’auteur n’a ni fait l’effort de créer un langage qui soit tant soit peu personnel ni exposé une théorie ou une idée qui puisse attirer l’attention du lecteur. Admettons que cet ouvrage ne se présente pas comme une œuvre littéraire ; admettons également que ce livre corresponde plus spécifiquement à un essai, et donc, à un texte qui nécessite moins la construction discursive que la possibilité d’exprimer une opinion que Alessandro Mercuri croit sans doute originale. Il n’empêche que l’absence d’arguments sérieux et l’incapacité d’ordonner sa pensée nous contraignent à ne guère apprécier fatalement Kafka Cola. Même on est choqué qu’un tel livre puisse ne pas gêner l’auteur lui-même tant celui-là recèle de truismes et s’avère au bout d’un an vieilli en raison de ses références éparses concernant un passé tout à fait révolu. D’autre part, je tiens à corriger deux opinions communes que j’ai remarqués dans ce livre et qui me touchent tout particulièrement. Premièrement, si, à l’instar de Alessandro Mercuri, je ne partage pas la croyance en l’exception culturelle française au sujet du septième art, par contre, il est difficile de le suivre lorsqu’il se permet, par l’énumération laborieuse de films hexagonaux projetés récemment, de confondre, par exemple, un Jean-Pierre Jeunet avec les frères Larrieu ; sous prétexte que le cinéma français serait uniquement le fait de la convergence de talents à la fois nombrilistes et mineurs. Deuxièmement, outre l’aberration intellectuelle de reprendre sans recul les affirmations de Platon sur les sophistes en général et Gorgias en particulier, je reste interdit de voir à quel point Mercuri maltraite le syllogisme qui est la base fondamentale de la logique aristotélicienne et classique. Il est clair que l’auteur ignore les questions qui ont nécessité tant de commentaires de la part des théologiens médiévaux sur la parenthèse vide — si j’ose m’appesantir sur ce point spécifique.
Thomas Dreneau
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