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Dominique Lecourt 2

Par-delà le marxisme-léninisme
Pour une critique de l’épistémologie (Bachelard, Canguilhem, Foucault) de Dominique Lecourt (Librairie François Maspero, 1972)

L’on peut reprocher à Dominique Lecourt d’être un penseur peu original. Cependant, l’auteur prouve, avec ce livre intitulé Pour une critique de l’épistémologie (Bachelard, Canguilhem, Foucault), qu’il a été et qu’il demeure un grand connaisseur de l’épistémologie en général et de l’épistémologie française en particulier. Et même si ses livres se présentent comme une remise en question de la tradition anglo-saxonne née avec le cercle de Vienne (Moritz Schlick, Rudolf Carnap, Philippe Frank, etc.), et expliquent, par conséquent, la distance intellectuelle prise par rapport aux travaux de Jacques Bouveresse, spécialiste notamment de la pensée de Ludwig Wittgenstein, il n’en reste pas moins vrai que Lecourt appartient à cette jeune génération succédant aux Gaston Bachelard, Georges Canguilhem, Michel Foucault, voire Louis Rougier, ou encore Stéphane Lupasco.

Certes, il importe de faire la distinction entre, d’un côté, le « critique » de Bachelard, Canguilhem ou Foucault, et, de l’autre, le commentateur plutôt pénétrant de l’œuvre de chacun de ces penseurs. Lecourt était encore, en 1972, un marxiste-léniniste proche de Louis Althusser ; d’où une critique de l’épistémologie française se limitant à présenter l’idéologie marxiste-léniniste comme seule doctrine susceptible de rectifier les erreurs contenues dans les écrits de chaque auteur présenté en cet ouvrage. En résumé, il est fort probable que Lecourt lui-même ne puisse plus défendre des idées appartenant — désormais — à sa jeunesse intellectuelle (matérialisme, lutte contre la « métaphysique » considérée comme symptôme d’une classe sociale,…), et, d’autre part, il est assuré que sa contestation du néo-positivisme (ou empirisme logique) en tant que dernier représentant de l’idéalisme apparaisse tout à fait datée. D’autant que l’auteur tend à reprocher à Bachelard son « psychologisme », ou à Canguilhem, sa volonté explicite de refuser en quelque sorte l’aspect dialectique de la connaissance scientifique (selon Lecourt, la découverte de l’ADN a amené ce dernier à se ranger du côté d’un philosophe tel que Aristote pour ce qui est de l’adéquation entre le vivant et son concept). En bon « marxiste », le jeune Lecourt avait centré sa réflexion sur le côté « polémique » du rapport entre idéologie et véritable savoir, rapport qu’il rattachait, bien évidemment, au dogme du matérialisme historique.

Le lecteur devra donc oublier la critique de l’épistémologie au profit d’une analyse qui oblige celui-ci à se pencher sur l’œuvre de ces trois grands philosophes que sont Bachelard, Canguilhem et Foucault. Ainsi, Lecourt nous fait amplement partager son enthousiasme quant au « nouvel esprit scientifique » de Bachelard, et notamment ce besoin de lier abstrait et concret ; quant à la recherche de la vérité historique chez Canguilhem, et le choix de défendre un certain « vitalisme » opposé à une vision proprement mécaniste ou cartésienne de la biologie ; et, enfin, quant au désir inhérent à Foucault d’insister, à propos d’une nouvelle lecture de L’archéologie du savoir, sur la matérialité du discours. Mais si le travail de Lecourt concernant l’évolution de la pensée de Bachelard a, selon moi, l’intérêt de rapprocher le travail de celui-ci avec l’oeuvre de Lupasco, si la réflexion de Canguilhem tend, par des recherches historiques liées à une conception intellectuelle sous-jacente, a éveillé ma curiosité, il n’en est pas de même du Foucault de L’archéologie du savoir ; lequel favorise, en raison de son rejet itératif du sujet, une vision antihumaniste qui ne pouvait que réjouir les philosophes français de cette époque.

 

Thomas Dreneau

 

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