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Joseph E. StiglitzLe programme néo-keynésien de Joseph E. Stiglitz Avant de dire tout le bien que nous pensons de l’ouvrage de Joseph E. Stiglitz, il est utile de faire part au lecteur de nos quelques réticences que celui-ci jugera à juste raison vénielles. Tout d’abord, je tiens à réaffirmer ma totale et complète opposition à l’emploi du mot « mondialisation ». Ce terme a tellement de significations qu’il finit par prouver son absolu manque de nécessité du point de vue de l’économie politique ou encore du langage. Pour les uns, la mondialisation est un épouvantail du fait qu’il condense en lui-même l’idée de la déréglementation des marchés — évidemment, Stiglitz rejette tout à fait ce sens. Pour les autres, la mondialisation signifie tout bonnement l’extension des échanges au niveau international ou l’interdépendance des économies nationales entre elles. Je pense que le prix Nobel d’économie, Joseph E. Stiglitz, entend ainsi ce mot, mais alors comment ne pas reconnaître que ce dernier aurait tout aussi bien pu être adopté pour le monde du XXème siècle ou même l’économie future de la planète? En résumé, le terme de « mondialisation » n’a aucune valeur épistémologique tant il semble impossible de le définir relativement à l’échelle du temps. Le livre de Stiglitz a également ceci d’irritant qu’il s’adresse à un lecteur qui demeure convaincu de l’utilité des solutions keynésiennes, bref, d’un retour à l’Etat et à la réglementation des échanges économiques à partir d’institutions internationales fiables. D’un autre côté, on est admiratif du travail déployé par Joseph E. Stiglitz dans ce volume contenant pas moins de six cent pages. L’ouvrage se veut, en effet, une explication de l’instabilité du système économique mondial, et, d’autre part, offre les moyens par des réformes sérieuses de continuer à vivre humainement dans le cadre d’un capitalisme modéré. Stiglitz se révèle un esprit puissant par la masse de données et d’exemples qui permettent à chacun de mieux prendre conscience du désastre représenté par les solutions ultralibérales telles qu’elles ont été mises en place par le FMI (Fonds Monétaire International), les grandes puissances comme les États-Unis et les pays en développement. Certes, le livre de Stiglitz décevra peut-être ceux qui attendaient plutôt un vaste traité théorique. Il apparaît que cet ouvrage répond, en fin de compte, à une urgence. Premièrement, il s’agit de mettre un terme à la domination des pays développés en général et des États-Unis en particulier ; puisque non seulement ce pouvoir omnipotent se révèle désastreux pour les états pauvres tels que ceux d’Afrique ou d’Amérique du Sud, mais aussi pour les leaders du marché mondial. Si les pays pauvres d’Afrique ou d’Amérique latine sont incapables de rembourser les fonds prêtés par le FMI qui se permet ensuite de proposer à ceux-ci des politiques économiques inefficaces, s’ils se voient piller leurs ressources naturelles par des multinationales avides, et si, encore, ils doivent subir les barrières imposées par les grandes entreprises pharmaceutiques au sujet de la propriété intellectuelle et se révèlent dans l’impossibilité de pouvoir acheter les médicaments nécessaires en raison de leurs prix pour traiter des maladies graves tels que le sida, les grands pays industrialisés, par la faute de l’absence de règlements à la fois rigoureux et souples et de l’essor grandissant des échanges spéculatifs à court terme, connaissent, quand à eux, une situation de plus en plus difficile du fait de la stagnation ou de la baisse des salaires. Sans oublier ces quelques lignes prophétiques de Stiglitz à propos de l’endettement des ménages américains qui allait provoquer en partie la fameuse crise, puis, récession touchant une grande partie du globe. Deuxièmement, les dégâts causés par le développement des gaz à effet de serre et le réchauffement climatique sont si graves pour l’avenir qu’ils nous forcent à réagir le plus rapidement possible. Il ne s’agit plus simplement de réfléchir à la qualité de la vie comme le faisaient les premiers économistes soucieux de l’environnement tel que Bertrand de Jouvenel dans La civilisation de puissance (1976). Il n’est plus question de combattre seulement le productivisme excessif, puisque ce dernier abîme de manière parfois irrémédiable l’espace environnemental. Non, de nouveau, Stiglitz s’adresse à nous dans l’urgence, puisque, à la lecture de l’ouvrage, on comprend que le problème s’adresse de plus en plus à l’humanité en elle-même. Il avance, par conséquent, un certain nombre de solutions qui s’avèrent relativement simples ou frappées sous le sceau du bon sens. Mais, malgré la réussite de plusieurs d’entre elles à plus ou moins longue échéance, soit à partir du moment où les doctrines libérales de l’école de Chicago et de Milton Friedman seront, au final, abandonnées par la plupart des pays industrialisés ou en développement, reste le problème crucial de la domination des grandes puissances telles que les États-Unis. Car, comme le souligne Stiglitz, le souci n’est pas seulement d’ordre économique : il est aussi politique. Certes, on peut croire, à l’instar de l’auteur, que les pays industrialisés vont dorénavant adopter des mesures de transparence en ce qui concerne les négociations économiques internationales, que lesdits pays cesseront bientôt de soutenir les multinationales au détriment de l’intérêt général, bref, on peut croire que la volonté de puissance des Américains et, dans une moindre mesure, des Européens (sans parler des nouveaux arrivants comme la Chine) disparaîtra au profit d’une coopération entre les états qui permettra d’obtenir à la fois stabilisation et prospérité. Il est toujours permis de rêver, même si la réalité est très dure et nous oblige à bien comprendre que la réussite sociale de chaque individu est le plus souvent liée à sa naissance. Plus exactement, démocratiser l’économie doit signifier mettre en place une nouvelle alternative à la démocratie indirecte, c’est-à-dire la démocratie fondée sur la représentation politique laquelle demeure fragile face aux intérêts des multinationales ou des riches exploitants agricoles croulant littéralement sous les subventions. Je veux parler, bien entendu, de la démocratie directe ou celle qui est basée sur la décision politique confiée à tous.
Thomas Dreneau
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