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Jean ClairLes lamentations d’un critique d’art Jean Clair présente un tableau assez sombre de la culture ; à tel point que, malgré l’intérêt de son positionnement, je me suis senti assez éloigné de cette vision que je qualifierai de « réactionnaire ». Certes, Clair, à l’instar de l’écrivain et journaliste Jean-Philippe Domecq, a raison lorsqu’il dénonce les dérives néo-libérales d’un « marché de l’art » caractérisé par les figures caricaturales de Jeff Koons et Damien Hirst. Il rejoint ainsi les critiques les plus acerbes de l’art contemporain, en décrivant ce dernier comme le domaine du déchet organique et de l’informe. Mais Clair va plus loin encore, et se rapproche — parfois — de l’opinion d’un Alain (Georges) Leduc exprimée dans son pamphlet, Art morbide ? Morbid art. De la présence de signes et de formes fascistes, racistes, sexistes et eugénistes dans l’art contemporain (2007). J’ai parlé, à propos de l’interprétation de l’art actuel par Clair, de vision « réactionnaire » : outre que le rejet de l’auteur touche la génération des intellectuels et des écrivains du surréalisme, il est certain que celui-ci a tendance à montrer son attachement aux divinités monothéistes ; de telle sorte que le sacré se limite implicitement, et selon lui, aux croyants. En résumé, il rejette l’esthétisme comme le laïcisme en tant que modèles d’appréhension de la beauté en Occident. Sa réflexion sur l’art fait même songer à la pensée d’un écrivain français tel que Maurice Barrès (1862-1923), puisque Clair en vient à faire l’éloge de l’enracinement de l’homme ou de l’artiste (bien qu’il reconnaisse, en même temps, l’échec des écomusées dont l’objectif était de replacer l’œuvre d’art dans son contexte à la fois technique et social). Il serait, toutefois, faux de simplifier le livre de Clair de telle manière que chacun puisse en oublier les qualités. Par-delà une représentation quelque peu passéiste de la beauté, je reconnais que son interrogation, quant au besoin prégnant de s’attacher au musée en tant que seul lieu légitime de monstration de l’œuvre d’art, touche juste. La signature de l’artiste demeure-t-elle un cachet authentique en qui concerne l’immortalité de la création ? Plus précisément, nonobstant le désir permanent de restaurer peu ou prou une peinture/sculpture endommagée par le temps, n’est-il pas plutôt utile de chercher une beauté qui échappe aussi bien à la temporalité qu’à l’artiste de chair et de sang ? Ce qui signifie que l’auteur en vient à remettre en cause radicalement l’utilité du musée ; du fait qu’il prend l’exemple d’une simple copie, soit cette même copie tendant à rappeler le beau originel de l’œuvre, et replacée dans un lieu qui a fait naître celle-ci. De cette façon, il en vient à refaire le geste de Marcel Duchamp ; cependant que son acte qui est, ici, un livre, permet d’abolir le cynisme de l’urinoir, et surtout la déification de l’artiste se mesurant, désormais, en euros ou en dollars. Est-ce que cela veut dire qu’après m’être démarqué du critique d’art, je reviens subrepticement dans son giron ? Pas vraiment, car je sais bien que l’artiste est avant tout un observateur, et que le territoire se résume autant dans le lieu de naissance qu’au « monde schématisé ». Par conséquent, si j’admets, encore une fois, l’intérêt de la réflexion de Clair, je ne peux m’y ranger, surtout par volonté insigne d’ouvrir les frontières ; ou, plus prosaïquement, les fenêtres…
Thomas Dreneau
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