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Michel Cazenave

Vieilles idées
Carl Gustav Jung de Michel Cazenave (Éditions Oxus, 2011)

Ce livre de Michel Cazenave se veut une approche « vivante » de la pensée de Carl Gustav Jung. En effet, l’auteur n’hésite pas à présenter son essai sur Jung sous la forme d’une autobiographie intellectuelle. Cependant que les nombreux passages à propos de sa propre existence, ou encore des rencontres avec le jungien Pierre Solié — devenu plus tard son ami — et Henry Corbin, n’ont que peu d’intérêt pour le lecteur : il aurait été plus intéressant d’approfondir concernant les rapports entre Freud et Jung, sur leurs divergences théoriques en particulier ; puisque Cazenave en vient à évoquer une rupture définitive, laquelle s’explique sans doute en raison de cette primauté donnée à la figure maternelle de la part du deuxième.

J’ajoute que la figure de Jung apparaît moins sympathique que celle de Freud, du fait que celui-là demeure éloigné des considérations rationnelles, voire « scientistes », de celui-ci. L’inconscient, si je me réfère à l’interprétation de Cazenave, flirte avec la métaphysique inspirée de la philosophie allemande du XIXème siècle et des théologiens du Moyen Âge. Non pas qu’il faille reprocher à Jung ses influences « spirituelles » ou religieuses, mais Cazenave en vient à ressasser les mêmes antiennes au sujet de l’inconnu, la transcendance, etc. Ce qui signifie que nous ne sommes guère avancés en se plaçant, nécessairement ici, sur le terrain de l’ontologie.

Il est même question, toujours d’après Cazenave, de la possibilité de nier la « linéarité du temps » (passé, présent, futur) à partir du rêve ou de l’inconscient. En consultant les travaux d’épistémologues tels que Robert Blanché, il est permis de remettre en question — justement — la « linéarité » du temps. Mais Blanché s’appesantit sur la notion scientifique de spatialisation du temps comme rupture avec le cadre spatio-temporel défini par Kant ; alors que la théorie de Jung de ce point de vue se limite à une simple « vision » de l’avenir dont on chercherait vainement confirmation dans le domaine de l’expérience.

Le problème de l’archétype méritait aussi d’être mieux traité par l’auteur. En lui-même, il n’exprime rien de nouveau. Et, antérieurement à Jung, nombre de penseurs ont analysé les mythes, les images, les archétypes, bref, nombre de penseurs ont tenté de construire leur réflexion en regard de ces derniers.

Pour conclure : demeure le souci d’une pensée prisonnière, semble-t-il, de la dialectique ou du dualisme. Je ne veux point signifier par là que la dialectique éloigne le genre humain de la vérité, mais, par son exclusivisme au niveau de la pensée (Cazenave ne peut s’empêcher, par exemple, de dresser face-à-face corps et esprit en les reliant plus ou moins), il empêche toute compréhension approfondie du réel. Sans parler de l’opposition entre conscient et inconscient qui devrait céder la place à l’unité de l’esprit comme point de départ d’une nouvelle complexité.

 

Thomas Dreneau

 

Commentaires 

 
0 #3 26-11-2011 12:57
Réponse à Chakespeare (suite...) :

Mon principal reproche concernant le livre de Michel Cazenave est, au fond, cette interprétation sommaire des idées de Carl Gustav Jung.
Cazenave aurait dû nous intéresser à la réflexion d'un homme qui lui a, semble-t-il, sauvé la vie. Il n'en est rien... Par conséquent, pourquoi avoir titré son livre, "Carl Gustav Jung" - puisque, ainsi que le reconnaît Chakespeare, ce livre ne peut se comprendre comme une introduction, même simple, à sa pensée ?
J'ajoute que la rencontre entre Jung et la science en général (rapportée par Cazenave) montre surtout un Jung soucieux de voir si ses écrits peuvent se conformer un tant soit peu à la réalité épistémologique en elle-même. Faiblesse... trop humaine selon moi !
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0 #2 26-11-2011 12:40
Réponse à Chakespeare :

Comme vous le rappelez dans votre commentaire, nous sommes d'accord sur un point, soit la volonté de l'auteur - comme de la collection chez Oxus - de présenter un récit vivant quant à cette rencontre personnelle avec la pensée de Carl Gustav Jung. Bien évidemment, je n'ai pas été sensible, encore une fois, à la vision de Michel Cazenave ; tant ce dernier se complaît dans des détails futiles, comme ce rêve prémonitoire à propos d'un ami d'enfance retrouvé, ou encore son "mal-être" qui apparaît tout simplement superficiel.
Sa rencontre avec Malraux est à ranger au nombre des anecdotes qu'un témoin moyen est susceptible de colporter.
Enfin, pour ce qui est du style de l'auteur, il faut convenir que nous sommes bien loin de côtoyer un quelconque talent littéraire, voire "poétique".
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0 #1 25-11-2011 15:44
Vous offrez là une critique très intéressante de ce livre, "A la rencontre de C. G. Jung" de Michel Cazenave.

Certes, on ne peut qu'être d'accord avec vous : on reste bien en surface de la pensée du psychanalyste (et de notions comme celle de l'archétype, par ex, oui), et pour quelqu'un qui voudrait en faire un premier tour, ce n'est pas ce livre qu'on lui conseillera.
Mais ce n'est pas, me semble-t-il, la perspective de cette collection chez Oxus, qui se veut plutôt une "approche vivante" (vous le dites vous-même) (et non pas académique !) et littéraire, voire poétique, non pas d'un auteur, mais du rapport, d'une affinité, entre deux personnalités !

Et de ce point de vue, le pari est réussi : on comprend un peu mieux ce qui relie Cazenave à son "maître à penser". Et il a une écriture vraiment raffinée et plaisante, ce qui ne gâche rien au plaisir ! Je conseille donc ce bouquin tout de même, parce qu'il est court et simple !
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