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Bernard Maris 1

Bernard Maris pamphlétaire
Lettre ouverte aux gourous de l’économie qui nous prennent pour des imbéciles (Éditions Albin Michel, 1999)

Le livre de Bernard Maris, Lettre ouverte aux gourous de l’économie qui nous prennent pour des imbéciles, appartient tout à fait à la veine littéraire du pamphlet. Non pas que Bernard Maris puisse décevoir l’amateur d’économie — l’auteur fait montre d’une réelle compétence pour dénoncer les errements des universitaires ou journalistes dans leur culte voué au marché à la fois efficient et libre. D’autre part, il faut replacer un tel ouvrage dans son contexte, soit la médiocrité de plus en plus flagrante de l’enseignement donné par les « néo-libéraux », et surtout le vieillissement de ceux qui ont inspiré ce mouvement théorique (le « néo-libéralisme », donc) connaissant son apogée intellectuelle dans les années 1970.
Il est plutôt éloigné le temps où Milton Friedman et Friedrich A. Hayek semblaient représenter les parangons d’une pensée économique débarrassée, au final, des « oripeaux de l’État providence ». Cependant qu’aujourd’hui comme hier, les gouvernants occidentaux semblent suivre aveuglément leurs remèdes.

Bref, le livre de Maris se veut une bombe lancée à la face des vieux libéraux et de leurs thuriféraires sans talent. En affirmant le primat de la réflexion d’économistes tels que John Maynard Keynes et Karl Marx, il tend à condamner toute une génération qui s’est complue dans la thèse d’un capitalisme supérieur, alors qu’il était seulement le représentant parfait de l’égoïsme, ou plutôt de la déréglementation au détriment de l‘intérêt général.
Évidemment, l’ouvrage, par son style polémique, éreinte même des adversaires du « néo-libéralisme » comme John Kenneth Galbraith, ou encore le futur prix Nobel d’économie, Joseph E. Stiglitz. Un pamphlet aussi virulent explique que certaines blessures soient infligées, parfois même, à son propre camp !

D’un autre côté, inconsciemment Maris rejoint une certaine tradition anti-intellectualiste, en raison de son refus des mathématiques servant à fonder uniquement, selon lui, le jeu de l’offre et de la demande. D’où des attaques ciblées en ce qui concerne les personnalités de Gérard Debreu et de Maurice Allais (lesquels auraient sans aucun doute mérité un sort meilleur). Mais aussi les économistes du Fonds Monétaire International (F.M.I.), les intellectuels comme Alain Minc, Jacques Attali, etc.

Plus sérieusement, Maris met le doigt sur une situation presque « actuelle » avec la quasi-faillite du fonds spéculatif L.T.C.M. (Long Term Capital Management) fondé en particulier par les prix Nobel Merton et Scholes, et qui fut sauvé — bien entendu — par l’argent public. Sans parler de la crise asiatique parfaitement illustrée par Paul Krugman dans son livre intitulé Pourquoi les crises reviennent toujours (2009).

Pour conclure : l’ouvrage de Maris est nécessaire, dans le sens qu’il ouvre la voie à une prise de conscience qui, si celle-ci existe dorénavant au sein des cercles universitaires, n’a pas encore atteint les classes politiques au pouvoir et le monde des « experts »… toujours aussi incompétent.

 

Thomas Dreneau

 

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