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Alfred MétrauxAlfred Métraux, grand historien des Incas Alfred Métraux (1902-1963) s’est révélé comme le grand historien de la civilisation des Incas. Non seulement son livre se présente telle une synthèse admirable, mais en sus, Les Incas (1ère édition : 1963) sont le premier ouvrage en langue française à donner cette vision contemporaine de la recherche historique. À tel point que les thèses de Louis Baudin exprimées notamment dans L’empire socialiste des Incas (1928) appartiennent désormais au passé. Ainsi, Les Incas de Métraux se veulent une remise en cause radicale sur le prétendu « socialisme » des ancêtres du Pérou ; en même temps que l’auteur semble avoir défini les grandes lignes d’une réflexion qui s’est, certes, complexifiée, mais n’a guère varié de ce point de vue général. D’autre part, même si cet ouvrage a plutôt tendance à confondre — parfois — représentation historique et représentation ethnographique, il n’en reste pas moins vrai qu’il n’existe point à ma connaissance un travail aussi clair que subtil par sa composition sur les Incas. Métraux a su faire apparaître toute la complexité des différentes civilisations qui se sont succédées chronologiquement sur le territoire de l’actuel Pérou. De même que le travail de l’historien lie le temps des Incas proprement dit à la conquête espagnole menée en particulier par Francisco Pizarro. À l’instar des Aztèques, les Incas se montrèrent dans l’incapacité de lutter efficacement contre un ennemi venu dominer un espace garantissant tous les espoirs de richesses. Cependant, outre les découvertes archéologiques, l’historien peut compter justement sur le témoignage des conquérants espagnols, lesquels ont constaté la splendeur d’un monde autant riche que puissant. D’un autre côté, Métraux prouve toute l’ingéniosité des peuples soumis aux Incas. Le territoire de l’empire inca a correspondu notamment à une grande diversité de cultures, en raison de climats et de reliefs variés ; sans oublier la réponse des gouvernants privilégiant l’organisation par tout un système de corvées dues au pouvoir inca, mais aussi par l’existence de communautés rurales ou ayllu. Les Incas ont le plus souvent conservé les pouvoirs locaux, lorsque les tribus voisines acceptaient effectivement la soumission (dans le cas contraire, les terres des communautés rebelles étaient confisquées dans leur totalité) ; tout en développant une structure parallèle et caractérisée par la création de provinces aux mains de gouverneurs. Mais l’essentiel du pouvoir local revenait essentiellement à ceux que l’on appelait curaca, chefs peu ou prou puissants selon le nombre de familles placées sous leur juridiction. J’ajoute que sur le plan religieux et par-delà le culte du soleil, il est surtout question de la piété des Incas et des peuples soumis à propos d’objets naturels tels que cavernes, lacs ou montagnes, mais également à propos d’édifices comme temples, tombeaux, palais (huaca), etc. Enfin, les quelques pages consacrées à la postérité de la civilisation des Incas démontrent l’incroyable prégnance d’un passé qui est demeuré dans l’esprit des Péruviens jusqu’au XXème siècle (comme le prouve l’exposé de Abdón Yaranga Valderrama qui complète d’une façon particulière le travail de Métraux, les ayllu de l’époque inca ont pu servir, et encore récemment, de modèle de base à une compréhension du monde).
Thomas Dreneau
A lire également sur Arès : La chronique sur La vie quotidienne au temps des derniers Incas de Louis Baudin La chronique sur Les Incas de César Itier La chronique sur Les Incas de Henri Favre
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