|
|
André GorzEcologica de André Gorz (Éditions Galilée, 2007) Ecologica rassemble des textes et articles d’André Gorz écrits entre 1975 et 2007. Je connaissais cet auteur par son livre, Métamorphoses du travail. Quête du sens, édité en 1988 et qui remettait en cause le principe d’un salaire dépendant du système capitaliste au nom du profit. Avant l’ère industrielle, les humains travaillaient pour subvenir à leurs besoins élémentaires et ne cherchaient pas à « travailler plus pour gagner plus ». Le système capitaliste a perverti la notion de travail - en incluant l’argent afin de consommer des objets inutiles au détriment du partage des solidarités et de la liberté du temps pour soi et avec les autres. Ces différents articles approfondissent la remise en cause du capitalisme actuel qui se nourrit exclusivement de la création de nouveaux besoins pour l’individu. Ceux-ci conduisant à la surproduction de marchandises, tout en diminuant le travail grâce à l’informatisation et à la robotisation. « La course à la productivité tend toujours à s’accélérer, les effectifs employés à être réduits, la pression sur les personnels à se durcir, le niveau et la masse des salaires à diminuer » (page 26) mais - ajoute-t-il - puisque la production ne valorise plus l’ensemble des capitaux accumulés, c’est le capital financier qui se constitue pour faire de l’argent en achetant et en vendant d’autres formes d’argent. Dans le texte sur « l’idéologie de la bagnole », André Gorz s’amuse à démontrer comment la voiture, privilège de quelques-uns au début du vingtième siècle, s’est démocratisée en entretenant l’illusion que chaque individu pouvait se prévaloir « aux dépens des autres ». Il reste, cependant, esclave du marketing auto, du prix de l’essence, des espaces compartimentés entre l’habitat et le boulot … mais aussi des bouchons de fin de semaine ou durant les vacances ! Cet auteur m’a renvoyé à l’essai de Virginia Woolf dans Trois Guinées. En 1938, l’écrivaine propose aux femmes de se libérer du joug masculin en donnant trois guinées à trois Sociétés différentes : la première pour l’éducation des filles, la deuxième pour leur indépendance financière, et la troisième afin de lutter contre la guerre. Pourquoi relier ces auteurs ? Parce qu’il me semble que l’un comme l’autre situaient leur combat contre une société asservissant un groupe d’êtres humains au nom d’intérêts de sexe et de classe. Les deux croyaient en l’émancipation de l’individu par l’intelligence ou par la créativité ; ils rejetaient toute forme de sujétion ressentie dès l’enfance. Cette conscience aiguë d’un carcan familial exprimée dans Le Traître pour André Gorz et dans Promenade au phare pour Virginia Woolf leur a insufflé le désir d’écrire et d’inventer d’autres possibles.
Brigitte Dujardin
|

