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Erich Fromm 1Interprétation de Marx Erich Fromm (1900-1980) est plus connu aujourd’hui pour ses travaux sur la psychanalyse ; même si ceux-ci demeurent au mieux controversés, au pire rejetés par la plupart des spécialistes. Cependant, il serait faux de retenir du travail de Fromm son analyse qui remet radicalement en cause la pensée de Freud, puisque celui-là s’est opposé à celui-ci en ce qui concerne la base de son système centrée sur la libido ; sans rappeler son commentaire ou sa réflexion sur l’œuvre de Karl Marx. Il faut admettre que Fromm, en tant que membre de l’école de Francfort, a été aussi bien un commentateur de Freud que de Marx. Certes, les travaux de Fromm peuvent difficilement rivaliser d’un point de vue conceptuel avec ceux de Theodor Adorno (1903 - 1969). Mais, par sa grande capacité de travail et une curiosité pour tous les domaines de la connaissance, Fromm doit rester un intellectuel qui ne laisse guère indifférent le lecteur suffisamment à même de se pencher sur ses écrits. Je tiens à reconnaître, dès le départ, tout l’intérêt de l’étude de Fromm. La conception de l’homme chez Marx montre, par son titre même, l’originalité de la démarche de l’auteur de La passion de détruire (1975). Fromm a tenté, en effet, de fonder un nouvel humanisme qui, dans ce petit livre, cherche à démontrer justement tout l’aspect fondamentalement humain de l’œuvre philosophique, sociologique et économique de Marx. Bien entendu, si Erich Fromm a le souci de la véracité des faits à propos des travaux épistémologiques de Karl Marx, car l’on peut sans difficulté aucune découvrir toutes les sources de l’œuvre de celui-ci — outre l’intérêt pour Aristote ou Kant dans le cadre de la séparation stricte entre l’essence et les accidents, il est facile de constater l’influence des philosophes des lumières pour ce qui est d’un matérialisme fondé sur le mouvement qui donne, d’autre part, cette lecture si particulière de l‘idéalisme hégélien — , il se permet également une interprétation très personnelle de l’auteur du Capital. À partir de la dialectique universelle de Hegel, c’est-à-dire cette contradiction entre, d’un côté, le sujet, et, de l’autre, l’objet, Fromm insiste sur la fusion nécessaire entre ces deux entités pour mettre un terme à l’aliénation des hommes provoquée par le capitalisme triomphant. On songe ici au livre de Fromm intitulé Société aliénée, société saine (1955) dans lequel l’auteur se permet d’avancer quelques mesures nécessaires pour permettre aux hommes en général et aux ouvriers ou employés en particulier de vivre le travail non plus comme une contrainte, mais comme une possibilité d’épanouissement. Il s’agit de donner les moyens à chaque être humain de s’investir dans son travail, parce que, selon Fromm, il est tout à fait imaginable que la hiérarchie entre donneurs d’ordres et exécutants perde de sa légitimité au profit d’une décision partagée entre tous. Bref, Fromm convient avec le jeune Marx des Manuscrits économiques et philosophiques et le penseur mature du Capital du principe dynamique de la relation entre sujet et objet. Non seulement l’homme doit affirmer son individualité face à l’aliénation de la machine (à l’instar de celle-ci, il est un simple rouage de l’organisation au sein de l’entreprise) et du capital (l’argent n’a qu’un rôle d’accumulation ou alors, il contraint le genre humain à se contenter de biens superflus), mais il lui reste à se construire un idéal politique qui prend en compte tous ses besoins véritables. Pour Fromm, il ne peut s’agir que du socialisme, mais un socialisme qu’il cherche évidemment à distinguer du communisme soviétique qui a cette tendance à entraver l’individu au profit d’un système maintenu en place par la bureaucratie, ou encore du socialisme réformateur qui se contente de gérer plus ou moins le capitalisme. Dans Avoir ou être? (1978), Fromm proposera même de mettre en place une démocratie directe, soit une démocratie débarrassée de toute représentation, et de confier l’information à une communauté d’experts qui sera mieux à même de guider les décisions de tout un peuple dorénavant aux commandes. Par conséquent, La conception de l’homme chez Marx, tout comme Avoir ou être?, essayent de délimiter l’homme devenu objet ou marchandise par son désir aliénant de possession de l’homme conscient de son humanité et qui souhaite simplement être. Fromm interprète le concept freudien de distinction entre pulsions de vie et pulsions de mort (si la reformulation de ce postulat par Fromm peut apparaître simpliste aux yeux des lecteurs, il ne faut pas oublier que cette dernière aboutira à cet ouvrage à la fois utile et important, La passion de détruire). D’après lui, la prédominance des pulsions de vie doit permettre d’aller au-delà d’une maîtrise de la nature, soit vers une sorte d’osmose qui oblige l’espèce humaine à respecter celle-ci. Enfin, Fromm remarque le lien entre le prophétisme hébraïque et la volonté de Marx de changer le monde. Un tel rapport sera reproché par Louis Rougier dans son dernier livre, Du paradis à l’utopie (1979), mais en même temps nous oblige à comprendre le besoin transcendant de l’imagination chez l’homme ; bien que Fromm ait conscience des limites de celui-ci. Dans cet équilibre nécessaire entre matérialisme et idéalisme, il n’est question finalement que d’une chose : l’homme.
Thomas Dreneau
A lire également sur Arès : La chronique sur Grandeur et limites de la pensée freudienne de Erich Fromm La chronique sur De la désobéissance et autres essais de Erich Fromm
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