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Greg Russo
Le groupe qui aurait pu devenir une légende… The Yardbirds de Greg Russo (Camion Blanc, 2010)
À la lecture du livre de Greg Russo, The Yardbirds, apparaît comme un regret de voir une formation, qui aurait pu devenir une véritable légende du rock’n’roll à l’instar des Beatles, des Rolling Stones ou des Who ; mais qui est demeurée, faute d’un réel soutien de la part des maisons de disques, en raison, d’un autre côté, de l’incompétence de plusieurs managers successifs, dont le plus connu reste Giorgio Gomelsky, et, enfin, d’une certaine immaturité chez la plupart des musiciens, un groupe de second plan, et ce, malgré la présence de trois guitaristes comme Eric Clapton, Jeff Beck et Jimmy Page. Par conséquent, les circonstances ont joué, si j’ose m’exprimé ainsi, en défaveur des Yardbirds ; d’autant que Clapton a très vite été remplacé par Jeff Beck, lequel a surtout fait preuve de son talent d’expérimentateur à la guitare, mais sans s’imposer réellement au sein du groupe en tant que compositeur, comme il le fera plus tard avec ses premiers albums solo (Truth en 1968, et Beck-Ola en 1969). L’arrivée de Jimmy Page s’avère, elle-même, trop tardive. D’une part, la cohabitation entre Beck et Page est plutôt désastreuse durant les concerts, et n’aboutit qu’à l’adaptation de la chanson intitulée The Train Kept A-Rollin (Stroll On) pour le film du cinéaste italien Michelangelo Antonioni, Blow Up. D’autre part, le chanteur Keith Relf et Jim McCarthy à la batterie connaissent de sérieux problèmes de drogues et sont lassés tout à fait des tournées à répétition. Ce qui signifie que, à l’exception du bassiste Chris Dreja et de Page, les Yardbirds connaissent, vers la fin, une perte de motivation sensible qui débouchera sur le départ de Relf et McCarty (depuis longtemps déjà, Beck avait quitté la formation pour rejoindre, à l’époque, sa petite amie…), et surtout la mise en place de la nouvelle mouture du groupe plus connu sous le nom de Led Zeppelin. En effet, Page va bientôt trouver un nouveau chanteur en la personne du jeune Robert Plant, choisir John Bonham comme batteur, et oublier Dreja (d’où l’abandon du nom de Yardbirds, puisque celui-ci faisait partie des ayants droit) au profit de John Paul Jones, bassiste avec qui il avait joué plusieurs fois, alors qu’il était encore musicien de studio.
Pour en revenir au livre de Greg Russo, ce dernier est une source indispensable pour ceux ou celles qui veulent connaître la vie au jour le jour des Yardbirds, soit les enregistrements en studio, tout comme les différentes tournées en Europe et aux États-Unis (j’ajoute que l’auteur a eu la bonne idée de compléter son livre par des biographies détaillées de chaque guitariste, et même du peu connu Top Topham). Par contre, l’enthousiasme de Russo — lequel a essentiellement l’avantage de faire négliger ses lacunes littéraires en tant qu’écrivain de cet ouvrage — a aussi l’inconvénient d’une absence de recul, voire d’analyse qui oblige trop souvent le lecteur à se faire lui-même une opinion. Il est certain que Russo a plutôt tendance à se ranger du côté des membres qui ont cherché à maintenir peu ou prou la formation en vie (McCarty, Dreja, et l’ex-bassiste et producteur Paul Samwell-Smith). On a du mal à croire, par exemple, que Page se soit substitué à Dreja en tant que nouveau guitariste ; sans que celui-ci trouve anormal de se cantonner au rôle de bassiste. Enfin, je déplore que Russo n’ait pas davantage cherché à impliquer son ouvrage dans le contexte musical — pourtant, fort riche — des années 1960. Les Yardbirds méritent, à mon sens, d’être remis à leur place, car ils sont loin d’être les seuls à avoir fait preuve d’expérimentation ; et si Relf (décédé en 1976) et McCarty, après l’échec de leur groupe Together, ont été les premiers membres de la formation de rock progressif, Renaissance, ils demeurent plus particulièrement les témoins et les acteurs des débuts d’une musique populaire où tout semblait à créer. Certes, quelques morceaux du premier album de Led Zeppelin ont été composés durant le passage de Page au sein des Yardbirds : de nombreux enregistrements en font foi (voir notamment la compilation des Yardbirds parue chez Rhino sous le titre Ultimate!) et m’obligent à reconnaître le rôle du groupe dans la naissance du heavy metal. Mais je le répète : les Yardbirds ont été dans l’incapacité de produire un album et se sont contentés — hélas — de l’enregistrement de singles qui expliquent, partant, la prépondérance des compilations sur le plan discographique (33 tours et CD)…
Thomas Dreneau
A lire également sur Arès :
La chronique sur Led Zeppelin de François Ducray
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Frédéric Delâge
Delâge éducateur Chroniques du rock progressif [1967-1979] de Frédéric Delâge (La Lauze, 2002)
L’ouvrage de Frédéric Delâge (Chroniques du rock progressif 1967-1979), outre son caractère pionnier, est utile ; puisqu’il insiste à la fois sur les disques indispensables pour tout fan de « prog », ou de musique dite sophistiquée, et sur les formations lesquelles n’ont point connu le succès public comme celui des Pink Floyd (je pense notamment à Gryphon, Van Der Graaf Generator et Henry Cow). D’autre part, Delâge a bénéficié du rôle de conseiller de Aymeric Leroy, futur auteur de l’ouvrage désormais classique, Rock progressif (2010), et qui signe ici l’avant-propos. Il serait intéressant de savoir en quoi a consisté exactement le travail de Leroy ; et d’établir, partant, les liens à tisser entre les deux livres séparés par une dizaine d’années environ du point de vue de la publication.
Le travail de Delâge est, en tout cas, remarquable et annonce aussi bien Rock progressif de Leroy que Anthologie du rock progressif (2010) de Jérôme Alberola. Il est remarquable, tout d’abord, du fait qu’il donne un certain nombre d’informations et sur chaque album recensé pour la période fin des années 1960-décennie 1970, et pour ce qui est de tous les groupes présentés (évolution musicale, changement plus ou moins régulier de personnel, détails anecdotiques, etc.). J’ajoute que l’ouvrage est, d’un autre côté, parfaitement illustré par les pochettes de disques qui, au contraire de Rock progressif de Leroy, sont en couleur et très bien mises en valeur sur cette édition. Ensuite, si Delâge privilégie, à l’instar de Christophe Pirenne (Le rock progressif anglais 1967-1977) et de Aymeric Leroy, l’âge d’or du rock progressif, soit les années 1970, il n’en demeure pas moins ouvert aux autres périodes comme le démontrent l’introduction — « Prélude » —, ainsi que certaines notices se référant peu ou prou au « néo-prog » (Marillion), voire au « metal prog » (Dream Theater).
Je le répète : Chroniques du rock progressif 1967-1979 de Delâge préfigure sans conteste la somme sur le « prog contemporain » de Jérôme Alberola. Il en est proche par ce « talent » de mélomane amateur spécifique, donc, à Alberola (ou propre, hélas, à Jacques Toni), mais également par cette fraîcheur facilitant l’empathie du lecteur ; lequel accepte d’autant mieux les jugements esthétiques de Delâge sur les cent disques répertoriés. Bref, outre la recension sérieuse des maîtres du genre tels que la bande à Syd Barrett ou à Roger Waters, King Crimson, Yes et Emerson, Lake & Palmer, l’auteur se permet d’affirmer certaines thèses qui sont loin de me déplaire, comme celle du rôle négligeable de Phil Collins en tant que membre du groupe Genesis (malheureusement, je me rappelle par trop la carrière à succès du chanteur des années 1980!), ou bien de reconnaître implicitement l’intérêt d’un album comme celui du claviériste et compositeur Rick Wakeman, The six Wives Of Henri VIII (1973).
Chroniques du rock progressif 1967-1979 de Frédéric Delâge reste, au final, une œuvre nécessaire pour celui ou celle qui cherche à connaître le rock progressif, ou, a contrario, mettre à mal certains préjugés nés de l’influence d’une critique monolithique, et ayant caricaturé un genre, après l’avoir, durant des années, élevé au pinacle.
Thomas Dreneau
A lire également sur Arès :
La chronique sur Rock progressif de Aymeric Leroy
La chronique sur Anthologie du rock progressif de Jérôme Alberola
La chronique sur Le rock progressif anglais (1967-1977) de Christophe Pirenne
La chronique sur Le rock cuivré de Jacques Toni
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Alain Dister
Alain Dister le nonchalant Grateful Dead de Alain Dister (Le Castor Astral, 2007)
Que penser de ce livre du journaliste Alain Dister, livre qui se veut l’histoire de l’un des groupes phare du rock psychédélique des années 1960, soit le Grateful Dead? À coup sûr, il s’agit d’un bouquin passablement écrit ; dans le sens que l’auteur, s’il évite tout de même les formules « littéraires » communes à sa profession, présente une analyse — somme toute — peu profonde en ce qui concerne cette formation américaine laquelle a, en partie, dominé la musique pop, soit de 1968 jusqu’à la date fatidique du concert de Woodstock en 69.
En résumé, l’ouvrage de Dister peut intéresser le lecteur en quête d’un témoignage sur l’atmosphère propre au mouvement hippie. Mais il échoue à parler d’un sujet autrement primordial aux yeux de ceux qui, par-delà le besoin d’amour communautaire et d’optimisme plus ou moins béat, ont conservé cette attirance pour la musique du Dead.
En effet, Dister se révèle incapable d’évoquer sérieusement les albums magistraux du Grateful Dead, groupe emmené par le guitariste et chanteur Jerry Garcia (1942-1995) : Anthem of the Sun (1968), Aoxomoxoa (1969) et Live/Dead (1969). Il s’appesantit même sur Workingman’s Dead (1970), disque qui serait comme un « retour aux sources ». En vérité, un recueil de chansons pitoyables dont il ne reste, aujourd’hui, presque rien!!!
Par conséquent, la déception est grande et confirme également notre opinion à propos de L’âge du rock (2003), sans doute l’ouvrage de vulgarisation le plus connu de Dister.
Thomas Dreneau
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Olivier Cachin
Eminem, ou le déclin du rap? Eminem. Le prince blanc du hip-hop de Olivier Cachin (E.J.L., 2005)
Olivier Cachin peut être considéré comme le spécialiste du rap en France. Ainsi, ce dernier a multiplié les publications concernant le hip-hop en général et le rap français en particulier. Il est tout à fait permis d'émettre, à ce sujet, un jugement critique ; tant Olivier Cachin ne semble pas échapper à un certain parti pris - je pense à l'intérêt qu'il éprouve pour le rappeur Doc Gynéco, discrédité depuis fort longtemps, et même parmi les non spécialistes.
Or, si je reviens au chanteur Eminem, le livre de Olivier Cachin a le mérite de donner toutes les informations nécessaires afin de mieux cerner celui que l'on doit regarder comme un véritable phénomène. Cachin ne ménage pas ses éloges à propos du « seul rappeur blanc » ; d'autant que celui-ci a connu un succès planétaire dont nombre de musiciens, parmi cette mouvance, peuvent à bon droit lui envier. En résumé, il est certain que Eminem possède un talent certain et que, d'autre part, il a profité de Dr Dre pour connaître, enfin, le succès avec un album tel que The slim shady (1999). Enfin, par son travail de producteur et de musicien, il s'est - en partie - défait de l'emprise de son mentor, soit un ancien du groupe Niggers With Attitude (NWA), et imposé notamment grâce au disque intitulé The Eminem show (2002).
Mais par-delà la question subjective du goût, je dois bien admettre que l'art d'un Eminem à narrer ses histoires de vie privée, son autodérision, tout comme le désir chez lui d'en découdre avec l'ennemi par le biais de joutes oratoires, nous éloignent, en fin de compte, d'une critique sociale prédominante durant les années 1980 et 1990. Un album tel que Encore (2004) révèle essentiellement l'impossibilité d'un artiste de se renouveler et de ne pas sombrer dans le divertissement pur (lors de l'élection présidentielle de 2004, l'appel à voter contre Bush a de quoi faire sourire ; surtout lorsque l'on sait que chaque artiste avait tout intérêt à dénoncer l'adepte invétéré de la lutte contre le terrorisme!). Bref, si Eminem est sans conteste un artiste, sa rage vient, après celle de bien d'autres créateurs moins connus, mais plus originaux. Le triomphe planétaire de Eminem n'est-il pas, par conséquent, la preuve de la difficulté d'un genre qui a, aujourd'hui, beaucoup de mal à proposer une alternative musicale sérieuse, et qui est surtout en proie à sombrer dans la caricature? Pour conclure, il semble que le hip-hop mérite mieux que l'exploitation médiatique autour du rappeur américain, et mieux que cette comparaison facile avec Elvis Presley adaptant un standard du bluesman Arthur « Big Boy » Crudup, That's all right mama...
Thomas Dreneau
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